Sur son cours inférieur, de Tanus à Laguépie, le Viaur,
principal affluent de l’Aveyon, traverse une série de gorges que
n’emprunte aucune route.
Zone frontière entre les Romains de la Narbonnaise et les Ruthènes
demeurés libres, Français et Anglais pendant la guerre de
Cent ans, Albigeois et Rouergue, qui a servi de refuge aux catholiques
schismatiques, au maquis, mais aussi à la langue, aux contes et
à la littérature d’oc, c’est la talvera, la marge, l’espace
de liberté chanté par Jean Boudou.
Aujourd’hui ensauvagée, la beauté de ses escarpements et
de ses bois, la fraîcheur et le mystère de ses eaux ne parviennent
pas à faire oublier qu’elle fut autrefois abondamment peuplée
et parsemée de villages et de châteaux. Églises, chapelles,
ponts et passerelles, moulins et maisons rurales en témoignent.
Il y a un siècle, l’archéologue et historien Edmond Cabié,
ancien élève de l’école des Chartes, partait à
sa découverte avec jumelles, boussole, carnet de croquis et de notes,
questionnant les autochtones en langue d’oc.
Son étude, publiée en 1890 et devenue introuvable, est un
document irremplaçable sur cette vallée, avant que les dégradations
des hommes et les ravages du temps ne s’accélèrent. Elle
constitue le meilleur des guides.